Le 1er décembre 2008, une journée ouverte au public était organisée à la maison de la radio. Des membres des différentes commissions des Etats généraux exprimaient leur point de vue et rendaient compte des avancées de leurs travaux, puis, dans un deuxième temps, un débat était organisé avec la salle. Un membre du RAJ, invité à la tribune, a pu ainsi participer à ce débat et répondre à quelques questions du public. Voici les interventions des orateurs qui ont disposé d’un temps de parole officiel.
Intervention de Jean-Marie Charon, sociologue, Observatoire de la presse
Réfléchir, au sein d’une crise de la presse
- au renouvellement de l’imprimé en complémentarité avec le numérique
- au transfert du contenu et de l’activité de la presse écrite sur le numérique.
Une problématique différente selon le contenu (support d’actu, généraliste ou spécialisé). Or la tendance est à une info plus spécialisée, plus segmentante, plus concentrée, d’où la crise de la presse généraliste.
1 - La complémentarité
En ce qui concerne l’imprimé, il s’agit de réinvennter le contenu en investissant sur la R&D de la presse, c’est-à-dire la valeur ajoutée de l’imprimé : enquête, expertise. Il s’agit de redessiner les contours de l’imprimé en sachant que l’info chaude, standart, est aujourd’hui considérée comme gratuite. D’où :
- Quelle articulation entre l’info imprimée et l’info standart ?
- Quels types de journalistes (le nombre, les compétences, la formation pour l’imprimé…) ?
- Quelle organisation mettre en place ? Fluide (imprimé + plurimédias) ou par spécificités des modes de travail ?
- Même question en ce qui concerne le numérique : nouvelles fonctions, nécessité de former et d’accompagner ceux qui passent au net avec une évolution vers l’animation de réseaux.
- Savoir gérer une évolution de carrière des journalistes avec moins de place sur l’imprimé.
Attention : dans ce nouveau contexte concurrentiel, il faut sur l’écrit des journalistes créatifs : on n’inventera pas un nouveau modèle sans mixer les deux supports.
2 - Le transfert de l’imprimé vers le numérique
Il s’effectue au rythme de l’évolution du numérique. Les investisseurs doivent anticiper sur les nouveaux médias. La presse quotidienne, par exemple, est la seule à nécessiter de grosses rédactions, une imprimerie en interne et une diffusion totale. Aujourd’hui, il n’y a plus d’économies possibles. Doit-elle envisager son transfert au numérique ? cela signifie former l’ensemble des journalistes et continuer à valoriser le contenu rédactionnel sur le numérique, en transposant sur le net les points forts de l’imprimé comme l’expertise ou le reportage. Tout en réussissant le mixage écrit + performances du net pour attirer de nouveaux talents.
Cinq points prioritaires à aborder :
1 - La réinvention de l’offre du contenu éditorial car il y a un déficit en matière de R&D dans la presse écrite. Il faut associer les journalistes à cette réflexion car ce ne sont pas les services marketing ni les directions qui feront le contenu.
2 - L’identification des points forts et de la valeur ajoutée de l’imprimé. Actuellement, c’est le flou sur ce qui fait la valeur ajoutée de l’écrit.
3 - Mettre en œuvre de véritables démarches de l’innovation pour stimuler la créativité. Le journaliste doit être acteur de cette transformation.
4 - Nécessité de définir ce que sont les journalistes de l’imprimé, qui doivent être d’autant plus compétents dans un secteur de plus en plus concurrentiel. Plus d’expertise conduit à plus d’attractivité. Or aujourd’hui, les éditeurs sont obnibulés par le net.
5 - Tout cela dans un modèle économique contraint. Les méthodes de travail vont devoir changer, la taille de l’équipe, le modèle hiérarchique, les outils de travail vont se transformer.
Intervention de Denis Jeambar, ex-directeur de l’Express aujourd’hui patron du Seuil
Il faut que le papier se reconcentre sur sa spécificité. Internet vit au rythme de l’info continue. Or l’écrit, par la densité du temps qui lui est accordée et l’approfondissement des sujets, offre un cadre et une hiérarchisation au lecteur submergé par l’info et lui permet de prendre de la distance.
L’écrit doit jouer à fond la carte du temps pour faire la différence entre ce qui est durable et ce qui ne l’est pas. Il doit échapper à l’étau de l’actu.
Il s’agit:
- de savoir si une info mérite d’être traitée
- de ne pas tomber dans l’effet perroquet.
L’écrit remplit son rôle quand il apporte un plus d’information, quand il se rend nécessaire dans la compréhension du monde.
Ce postulat passe par deux chemins :
- L’enrichissement par l’enquête. Tous les journalistes doivent être des investigateurs.
- L’enrichissement par l’analyse et la mise en prospective.
Certes, il faut les moyens, mais les journalistes doivent redevenir impliqués et ne pas céder aux lois de l’immédiateté. Il ne faut pas dans l’écrit que l’anecdote prenne le pas sur l’essentiel. Là est le fond du projet éditorial.
Intervention de Brunot Frappat, président du directoire du groupe Bayard Presse, et président du groupe de travail sur les métiers du journalisme aux Etats Généraux
Il n’existe pas beaucoup de métiers qui soient aussi vilipendés et aussi fascinants. Pourquoi cete mauvaise image ? On peut lister les points de souffrance :
- L’inculture journalistique
- Le suivisme : ils parlent tous de la même chose
- L’approximatif
- La précipitation, dictature de l’immédiat
- La superficialité
- La hiérarchisation discutable de l’événement
- Peu d’esprit de suite
- La négligence des vérifications
- La connivence avec les puissants
D’où les sondages qui montrent une crédibilité en berne.
On constate un écart grandissant entre les titres, selon leur type d’activité.
Mais ils sont tous confrontés :
- à l’adaptation à marche forcée aux révolutions technologiques
- à l’exigence grandissante des considérations liées à la gestion et au marketing
- à l’amenuisement des journalistes à la tête des groupes de presse
- à la poussée insidieuse du mélange des genres : pub, info-com…
- aux soucis liés aux difficultés économiques et à la succession des plans sociaux où les journalistes sontla variable d’ajustement.
L’avenir de la presse ne se fera pas sans journalistes.
Or le constat, c’est une mauvaise image renvoyée de l’extérieur et une mauvaise image de soi. Pourquoi, ce métier exténuant ne déçoit jamais.
En ce qui concerne le pluralisme
La presse se limitant à quelques quotidiens nationaux conduirait le pluralisme à se réduire. Or le pluralisme politique est vital en démocratie. Un pluralisme des types de publication : presse génrationnelle, de services, de loisirs, de communautés.
Pour défendre le pluralisme, il faut défendre toutes ces formes de presse, grandes pourvoyeuses d’emploi de la presse française. La presse quotidienne nationale ne résume pas la presse française.
En ce qui concerne l’avenir de la presse écrite, elle se distingue des autres médias : le journaliste doit être considéré comme la ressource principale de l’avenir de la presse. Il faut le renforcer et non l’accabler, le conforter dans l’exigence de qualité, le professionnalisme, l’expertise, le sens du terrain.
Le piège du journalisme moderne, c’est l’écran entre lui et le monde réel. Il faut réinventer le terrain, c’est une rezsponsabilité par rapport au public car on n’écrit pas pour soi.
Intervention de Ivan Levaï, chroniqueur à France Inter
Tout repose sur la recherche de l’nfo, à condition qu’on laisse au journaliste le temps de chercher. C’est le responsabilité de l’éditeur.
(A propos des droits d’auteurs) Si on ne signe pas les reprises sur le net, on ne sait pas qui parle.
(A propos de déontologie et de représentativité) La déontologie est de la responsabilité individuelle du journaliste, collective de l’équipe rédactionnelle, et de l’éditeur. Elle devrait être affichée de façon beaucoup plus transparente qu’aujourd’hui. La charte déontologique devrait être signée par le journaliste dans le cadre de son contrat de travail et être publiée vis-à-vis du public. Il est également question d’une régulation par un Conseil de la presse.
Intervention de Claude Sales, ancien PDG de Télérama, ancien rédacteur en chef au Monde, au Point, à France Soir, sur la formation
Se pose la question du nombre d’écoles de journalisme. 12 sont aujourd’hui reconnues par la profession. Demain, elles seront 20. A quoi il faut ajouter 100 écoles privées. Or en sortant d’une école, il faut trois ans pour décrocher un CDI. D’où des étudients qui deviennent des intermittents du journalisme.
Une des propositions pourrait être le regroupement des écoles sur un projet commun et avec un coucours commun. Il faut travailler aussi sur la formation continue et envisager de renforcer les formations à la déontologie et à l’économie de la presse.
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